Vers un Printemps arabe à la mode espagnole ?

A Madrid, ce 18 mai 2011, plus d’un millier de jeunes se réunissent pour la seconde journée consécutive. Ils s’indignent contre un chômage au plus haut, une classe politique défaillante et les retombées de la crise. Ces actions ont été organisées à partir des réseaux sociaux. Beaucoup  de points communs donc , avec les prémices des révolutions arabes de cette année.

Doit-on pour autant faire un parallèle ?

En début d’année, en français dans le texte, les manifestants égyptiens et tunisiens criaient  « Dégage !  » à destination de leurs classes politiques respectives. Beaucoup de médias occidentaux avaient évoqué le rôle important des réseaux sociaux dans ces contestations (parfois de manière abusive).

Les espagnols aujourd’hui  crient « nous avons le droit de nous indigner« , « Vous prenez l’argent, nous prenons la rue » ou encore « Si vous ne nous laissez pas rêver, nous ne vous laisserons pas dormir« . Et les appels aux rassemblements dans les grandes villes du pays sont partis de réseaux sociaux comme Facebook.

Autant de points communs entre les pays arabes et l’Espagne: des situations politiques et sociales révoltantes , des réseaux sociaux qui aident à s’organiser. Pourtant, les deux situations, même si elles paraissent similaires, n’ont finalement que peu de points communs.

Les contextes politiques

L’Égypte et la Tunisie vivaient indéniablement sous des régimes dictatoriaux. Des personnalités autoritaristes étaient au  pouvoir depuis des temps immémoriaux (30 ans  pour Moubarak, presque 25 années pour Ben Ali).

Quant à l’Espagne, il s’agit d’un régime démocratique et modéré. José Luis Zapatero n’est président du gouvernement espagnol que depuis une poignée d’années.

Dans les pays arabes, on se battait contre des régimes autoritaires, pour changer tout un pays sur le long terme. En Espagne, les manifestations visent le court terme: les élections municipales du 22 mai prochain.

D’un côté, nous avons donc des régimes forts, incarnés par des personnalités. De l’autre, un pays démocratique, avec un pouvoir aux contours plus libéraux et flous.

Dans les pays arabes, on se battait contre des régimes autoritaires, pour changer tout un pays sur le long terme. En Espagne, les manifestations visent le court terme: les élections municipales du 22 mai prochain.

Le taux de chômage

Dans l’ensemble des pays, les modes de calculs du chômage sont problématiques et les résultats sont difficilement comparables.

Mais si l’on s’en tient aux chiffres officiels, l’Egypte compte  13% de chômeurs, et la Tunisie 14% .

En Espagne, à l’heure actuelle, le taux de chômage est de 21%, un des plus fort taux de l’Union Européenne. Un chiffre supérieur, en apparence, à ceux pré-cités.

La situation sociale et économique, ramenée aux simples chiffres du chômage, semble donc plus sensible en Espagne que dans ces pays arabes.

L’utilisation d’internet

On a beaucoup attribué le succès de ces mouvements de protestations aux réseaux sociaux.

Selon les chiffres de 2008, 13% des égyptiens utilisent internet, 28% en Tunisie. Ils étaient dans chacun de ces pays  des dizaines de milliers dans les rues, pendant de nombreux jours, à redouter des répressions du régime.

En Espagne, environ 60% de la population utilise internet. Mais on comptait à peine un millier de manifestants dans la capitale Madrid.

Encore une fois, l’influence des réseaux sociaux est à relativiser, malgré l’immense enthousiasme que mettent les médias dans ce moyens de communication.

Les réseaux sociaux ne sont qu’un outil

On constate donc que les pays arabes ont fait une véritable révolution, dans le sens où ils ont changé la nature de leur régime. En Espagne, il s’agit davantage de contestations pour faire évoluer ou réformer un système, car ces manifestations se déroulent avant une échéance électorale. Paradoxalement, les chiffres officiels du chômage montrent que la situation de l’emploi est plus favorable en Égypte et en Tunisie qu’en Espagne.

Quant à l’utilisation d’internet, elle semble beaucoup plus développée chez les espagnols que dans les pays arabes. Ce taux d’utilisation  n’est donc pas forcément gage d’une plus grande efficacité dans les luttes sur le terrain.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s