Comment les états fliquent les internautes ?

Filtrages, black-out ou même tortures : les états ont tous leurs manières pour contrôler la Toile.

Face à l’auditoire du KIKK (International digital festival, novembre 2011, Belgique), Okhin, 25 ans environ, les cheveux longs attachés et un look de hardcore gamer. C’est une sorte de pirate des temps modernes ou plutôt un anar’ version numérique. Il est venu nous expliquer la manière dont les états procèdent pour contrôler internet. Le thème : « Internet et démocratie : les hackers sortent du bois ». En voici un petit compte rendu.

En préambule, nous explique Okhin, il faut se mettre en tête, qu’Internet c’est trois choses :

Communiquer, s’organiser, s’informer. Mais derrière ces concepts glorieux et émancipateurs se cachent une autre réalité : internet, ça sert aussi à surveiller.

Pour parvenir à fliquer les citoyens, les autorités collaborent avec des entreprises qui vendent du matériel du surveillance. On retrouve par exemple Area, Fortinet, Getronics, Anesys, Thales ou encore Qosmos. Ces entreprises ne font pas toujours dans l’éthique, certaines ayant vendues du matériel à des dictatures, à la Libye de Kadhafi par exemple. Même s’il existe des embargos, les firmes en question créent des filiales à l’étranger, pour détourner facilement les blocus. Okhin évoque le cas d’une filiale de l’entreprise française Géotronics, implantée à Dubaï pour pouvoir commercer tranquillement avec la Libye.

La situation par pays

A chaque pays sa manière de contrôler internet. Dans les pays occidentaux, cela passe par des lois (Hadopi en France ou le Patriot Act aux USA). Ailleurs, cela peut aller jusqu’à des violences physiques, comme la torture en Syrie.

Chine. Le réseau internet chinois fonctionne en circuit fermé, c’est-à-dire qu’il permet de naviguer seulement sur des sites qui ont passé un filtre de censure. Par exemple, les internautes de l’Empire du Milieu ne connaissent pas Facebook ou Twitter. Ils ont cependant accès à leurs avatars chinois. L’intégralité du web du pays est analysé et contrôlé en permanence par les autorités locales.

Égypte. Début 2011, quand le pouvoir a commencé à voir les prémices d’une révolte, Moubarak a tenté de faire un black out, c’est à dire couper littéralement les fibres optiques qui permettaient à internet d’arriver en Égypte. Les autorités se sont exécutées. Mais une fois ces câbles coupés, des militants ont réussit une pirouette, en remettant en circulation des vieux modems (qui passaient par les câbles téléphoniques encore en fonction). Les égyptiens ont pu alors aller sur internet de manière détournée.

Syrie: On peut catégoriser la censure syrienne entre celle pratiquée en Chine et celle en vigueur en Égypte. Le pays compte seulement 150 000 adresses IP, c’est donc un petit réseau. Les internautes syriens doivent constamment passer des checkpoints virtuels : par ces accès, on contrôle les sites visités et parfois, on doit fournir aux autorités son mot de passe. Par conséquent, il arrive que des internautes syriens voient leur compte Facebook piratés et que leurs murs virtuels soient piratés par le pouvoir, avec des messages de soutiens au régime de Bachar Al Assad. A noter également, des cas de tortures d’internautes qui ont voulu contourner la censure.

USA. Il est arrivé que la police demande à Youtube de retirer des vidéos en relation avec le mouvement Occupy Wall Street. Dans ce cas précis, le Patriot Act peut être un prétexte pour légitimer certaines censures.

Comment lutter contre cette censure ?

Il faut s’y connaître un peu pour passer outre ces blocages. On peut utiliser le chiffrement, c’est à dire, crypter ses messages. Les VPN, des réseaux internet cachés dans un autre réseau (Tor, I2P), peuvent également être utilisés.

Il y a aussi les « Identities Proxy ». Le réseau Telecomix couvre des pays en copiant des articles (par exemple de blogueurs syriens) et en les diffusant à grande échelle. Plus un message est diffusé, plus il sera difficile de le supprimer. Autre technique assez proche, le « mirroring »: si un contenu est inaccessible, il faut le copier puis le remettre à un autre endroit sur la Toile (sur des sites « miroir »).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s